Contribution participative aux Assises du Numérique en Wallonie

Vers un Coffre-Fort Numérique Citoyen (CFNC)

Dans un monde qui s’appuie de plus en plus sur une infrastructure numérique, dans lequel l’école elle-même abandonne les supports physiques, l’individu est confronté dès sa naissance, puis son entrée dans le système scolaire et enfin dans le monde actif d’assurer la conservation de sa trace et de son expérience. Et même au-delà, il devra décider de ce qu’il faut conserver, que ce soient des éléments officiels ou privés.

Cette évolution inexorable entraîne des besoins nouveaux dans l’intelligence de la préservation individuelle pour simplement remplacer un classement physique spatialisé en éléments virtuels faciles à classer, pour les retrouver et les faire vivre dans le temps.

Le présent document vise à expliquer comment la mise à disposition d’un Coffre-Fort Numérique Citoyen constitue un outil qui permet un vrai maintien et partage de connaissances et qui peut utilement compléter des outils existants (coffres bancaires, stockages privés, etc.).

Un enfant dessine avec une tablette tactile et un stylet et peint avec des couleurs virtuelles. Dès la scolarisation, un individu est amené à créer, manipuler ou échanger divers documents, de plus en plus issus de technologies numériques comme appareils photos, vidéos ou documents informatiques. Il est donc amené très tôt à utiliser un ordinateur et à apprendre à ranger et classer ses documents, qui viennent s’ajouter aux échanges via des réseaux sociaux (camarades, professeurs, personnel administratif et parents d’élèves).

Ces documents peuvent être utilisés directement à des fins éducatives mais doivent également être utilisés à des fins administratives permettant l’évaluation de la bonne acquisition des éléments appris et le suivi organisationnel.

La mise en œuvre d’un espace de stockage de ces différents contenus sous forme numérique doit être:

  • centralisée et vue comme un seul point;
  • sécurisée pour préserver du vol ou de la corruption des documents;
  • simple d’accès pour les différents utilisateurs gravitant autour des contenus;
  • fiable et assurant une persistance temporelle sur des dizaines d’années (exemple: délai de validité de diplômes), une traçabilité des évolutions de ces éléments, ainsi qu’une adaptation automatique lors d’évolutions technologiques majeures (par exemple: changement de format ou de mode de codage).

Selon le type de documents, la persistance dans le temps peut être différente: un diplôme sera conservé toute la vie, alors qu’une note ponctuelle ne sera conservée que quelques semaines.

En complément de ces documents à valeur scolaire, le Coffre-fort Numérique Citoyen va évoluer par association avec des espaces de préservation complémentaires pour les documents de la vie adulte, une forme de « patrimoine mémoriel » pour la préservation, la gestion et la transmission des archives multimédia de la famille. Une telle approche consistera donc à lier des espaces de préservation de nature différente:

Documents officiels citoyens

  • éléments citoyens (documents officiels carte identité, justificatifs de domicile, etc.);
  • assurances, banque, feuille de paye;
  • factures;
  • sécurité sociale : suivi médical;
  • dossiers fiscaux;
  • autres (à valeur probatoire).

Documents personnels

  • vidéos et photos de famille;
  • Documents écrits de la famille (journal intime, carnet, livre, etc.).

Plateforme et fonctionnalités prises en charge

Objectifs

L’objectif est de répondre aux besoins évolutifs décrits dans l’introduction, en y ajoutant la prise en compte d’autres paramètres comme la possibilité de fonctionner dans un environnement multilingue, ainsi que la facilité d’utilisation aux divers stades de la vie ultérieure extrascolaire. Il est fondamental de permettre un enrichissement automatique, tant des modalités de classement que du rattachement des contenus à des bases de connaissance. Cette approche permettra notamment d’aider l’élève à enrichir les contenus qu’il manipule pour transformer son CFNC en une bibliothèque virtuelle dans laquelle est contenue l’ensemble des connaissances qu’il manipule ou acquiert, comme un aide-mémoire se constituant et s’enrichissant au fil de l’eau.

Contenus manipulés

La liste non exhaustive de contenus potentiellement archivés dans un CFNC mélange des documents fixes (photos, documents officiels, assurances, …) et des documents temporalisés (vidéo, son, textes, …). Au vu des évolutions récentes, l’usage de contenus audiovisuels sera certainement plus important dans le futur.

Accès Utilisateurs

Plusieurs types d’utilisateurs ayant des vues différentes des contenus pourront accéder à des documents différenciés selon leur droit d’accès, par exemple durant la scolarisation :

  • élève;
  • administration scolaire;
  • parents et représentants légaux;
  • camarades de classe, binôme, etc.

Caractéristiques fondamentales de la solution

La solution préconisée doit impérativement présenter les propriétés suivantes:

  • interopérabilité : elle procure la souplesse de raccordement aux environnements et éléments pouvant être utilisés par ailleurs;
  • traçabilité: assurée par la gestion conforme aux spécifications de la Norme ISO/OAIS;
  • distribution: assurée par le principe d’architecture distribuée;
  • persistance: assurée par l’encapsulation sémantique des contenus;
  • sécurité: elle intervient au niveau des accès et du marquage à valeur probatoire.

Une telle solution pourra donc cohabiter avec des applications spécifiques de gestion scolaire comme il en existe déjà (gestion administrative de l’élève, emploi du temps, devoirs, gestion des stages, etc.) mais aussi avec des environnements plus complexes comme des bases de données universitaires, des outils de télé-apprentissage, etc. Il est donc important de bien assurer, comme précisé plus haut, la notion d’interopérabilité.

La solution doit également proposer des modes d’accès sécurisés et pour ce qui concerne les éléments ayant une valeur probatoire, intégrer un marquage incluant horodatage et signature électronique validant l’authenticité des documents. C’est ce qui permettra d’utiliser des documents réputés authentiques auprès de tiers, par exemple lors de la fourniture d’une copie du diplôme à un employeur.

Au niveau de la sécurité d’accès, l’usage de systèmes incluant une clé publique et une clé privée pour identifier personne/institution doivent être mis en œuvre.

Accès 360°

Une telle solution doit s’adapter à la pluralité des terminaux permettant de manipuler des documents: PC, smartphones, tablettes, TV connectées, etc. en vue de multiplier les occasions de consultation et d’exploitation des contenus du coffre et ainsi d’installer et diffuser des pratiques nouvelles et sécurisées de l’Internet des données.

Intérêt d’une approche par la connaissance

La mise en œuvre d’une structuration (alignement/enrichissement) des données va répondre à plusieurs problématiques, notamment ce qui concerne:

  • la recherche ultérieure dans la collection de documents, la consolidation de la connaissance de l’élève/individu;
  • l’adaptation au profil de l’élève/individu;
  • l’indépendance par rapport à la langue utilisée.

Mise en œuvre et gestion de la plateforme

Une telle plateforme fonctionne de manière distribuée avec une mise en œuvre souple. Les données peuvent être hébergées de façon centrale (Datacenter) ou mises en œuvre successivement par des organismes officiels. L’administration de ce type de système requiert un personnel formé pouvant intervenir sur la plupart des services en accès réseau distant et distribué.

Comme il s’agit de technologies à usage collaboratif, la mise en œuvre implique des problématiques d’interopérabilité entre les différents acteurs et dispositifs, ainsi que la mobilisation de formats et standards ouverts/normalisés !

En vue de procéder à la réconciliation de données dans l’espace et dans le temps, la plateforme incorpore un méta-modèle (référence pour le rapprochement de concepts plus spécifiques et la construction d’équivalences entre concepts proches) comme support pour l’alignement de modèles et de bases de données hétérogènes.

La plateforme doit disposer en outre de modules et services pour la gestion des rôles et des agents en charge de la gestion des processus (sans modifications des données) pour l’accès à l’information par un ensemble d’utilisateurs identifiés par leur rôle et leurs compétences, pour la traçabilité des traitements des contenus (mise à disposition des données à travers les API et interfaces de manipulation), pour permettre l’exploration, la lecture et la recherche en fonction de profils et enfin pour l’exploitation et la persistance des contenus.

La plateforme sera initialisée avec des profils adaptés aux différents contenus et usages. Il sera ensuite possible de faire évoluer le modèle ou de le compléter selon les besoins sans aucune migration de données.

La plateforme peut être gérée par un organisme indépendant. Il est possible de séparer physiquement le Datacenter stockant les documents des serveurs d’administration sauf conditions spécifiques comme prise en charge des éléments à valeur probatoire.

La réussite d’un tel projet passe par une attractivité et une approche « ludique », intuitive et naturelle de l’outil proposé. Seule une large initiative publique est à même de jeter les bases conceptuelles d’un tel projet afin d’offrir à d’autres acteurs publics et privés (l’administration publique, l’enseignement, les banques, les assurances, les notaires, les prestataires du Big-data, etc.) une plateforme servant de Proof of Concept sur une population « bêtatesteur », sur base d’un budget raisonnable et en mettant en œuvre une architecture simple.

Comme l’évolution des volumes est progressive, une politique de seuillage peut-être mise en œuvre pour accompagner l’augmentation de la taille du CFNC au fil du temps. Dans tous les cas, des outils de suivi permettent de maîtriser l’évolution des volumes et augmenter la taille des serveurs de stockage.

En conclusion, la technologie est mûre pour proposer un nouveau service efficient, attractif et pérenne qui répond à la maturité numérique des jeunes et préfigure le Coffre-Fort Numérique Citoyen souhaitable dans le fonctionnement d’une économie numérique à l’échelle humaine.

« Ainsi la pensée de chacun pourra atteindre la conception du tout; l’humanisme poursuivi par l’éducation pourra devenir le bien de tous; la civilisation devenant universelle et dirigée par des moyens rationnels, pourra enfin opposer victorieusement aux horreurs et aux confusions de la crise, de la guerre et de la révolution l’idéal et le bien de la prospérité, de la paix, de la justice et de l’ascension des hommes vers une plus haute destinée » Paul Otlet.

Éléments en synergie :

  • Sur la base de ces concepts, l’asbl Titan a rédigé un avant-projet intitulé « Paul Otlet », ainsi qu’une ontologie de domaine (un modèle conceptuel qui peut représenter divers projets en termes de hiérarchie de tâches, de produits, de contributeurs, de rôles et de droits) présentés à divers interlocuteurs en 2012/13.
  • De plus, ce projet CFNC peut être vu comme une validation, une illustration des potentialités de la suggestion & recommandation: « Assurer l’authenticité et la continuité de service sur les réseaux numériques interactifs privés et publics via une cryptographie à apport de connaissance nulle. »