Contribution participative aux Assises du Numérique en Wallonie

2014-18 : la grande e-guerre, 36.197 emplois sur la sellette

Les commerçants belges subissent de lourds handicaps concurrentiels par rapport à leurs collègues étrangers. « Nous sommes non seulement pénalisés par les handicaps structurels que connaît le commerce classique », souligne Dominique Michel, Administrateur délégué de Comeos. « Mais nous sommes également confrontés à de nouveaux obstacles, propres au commerce électronique. Le consommateur belge semble enfin avoir adopté le commerce en ligne, tout comme ce fut déjà le cas plus tôt dans les pays voisins. Mais les bénéfices échappent à notre économie ».

Handicaps structurels

« Nous savons déjà depuis longtemps que notre coût salarial est trop élevé. Dans notre secteur, il est vingt pour cent supérieur à celui des pays voisins », indique D. Michel. « De plus, le taux de TVA applicable au commerce électronique dépasse de six pour cent celui appliqué au Luxembourg. Dans le cas du commerce en ligne, ces problèmes sont amplifiés et de nouveaux viennent s’y ajouter : la concurrence ne fonctionnant pas correctement au niveau de la livraison des colis, le consommateur paie des factures beaucoup plus élevées. L’interdiction du travail de nuit rend, en outre, les livraisons rapides quasiment impossible (vous recevez un colis d’Anvers plus rapidement et à meilleur compte si vous vous le faites livrer en passant par Amsterdam plutôt que directement) ».

  • Coût salarial: 20% plus élevé que dans les pays voisins;
  • Sécurité des produits: nous devons respecter plus d’obligations que nos concurrents étrangers – un exemple : la mention obligatoire de la valeur SAR pour les GSM (seuls les commerçants belges y sont tenus);
  • Taux de TVA: 6% plus élevé qu’au Luxembourg et 2% plus élevé qu’en Allemagne. Aucun contrôle n’est effectué quant à l’application du taux correct pour les achats étrangers ni quant à la perception des taxes environnementales et accises;
  • Il n’existe aucune plateforme de paiement  transparente et fiable (comme iDeal aux Pays-Bas);
  • Les prestations effectuées après 20h00 et avant 06h00 sont considérées comme du travail de nuit (ce qui n’est pas le cas dans les pays voisins) – ce qui rend la préparation nocturne des envois quasiment impossible;
  • La livraison des colis est trop coûteuse et trop lente;
  • Il n’y a pour ainsi dire pas de suivi des plaintes quant à la sécurité en ligne (piratage, hameçonnage, fraude à la carte de crédit);
  • Il n’existe pas de système ADR global (traitement alternatif des plaintes).

Le commerce en ligne est facilement délocalisable

Ces handicaps engendrent deux risques réels pour le développement futur de l’ e-commerce en Belgique.  » Le premier est que nous soyons complètement dominés par des acteurs étrangers », souligne D. Michel. « Et le deuxième, que le commerçant belge délocalise ses activités en ligne à l’étranger. Vers des régions qui créent, elles, des conditions favorables. Un centre de distribution peut desservir une zone d’un rayon de mille kilomètres. Pourquoi resteriez-vous dès lors en Belgique, où vous subissez des coûts salariaux trop élevés, le taux de TVA le plus défavorable, beaucoup d’autres taxes, et une absence quasi-totale de flexibilité du travail, etc. ».

Doublement du chiffre d’affaires en ligne d’ici 2018

Aujourd’hui, le commerce électronique représente cinq pour cent du chiffre d’affaires total du commerce de détail. « Il nous paraît correct de tabler d’ici 2018, juste avant la fin des prochaines législatures politiques, sur un quasi doublement de ce chiffre d’affaires, qui passera à 9,86% ou 9,83 milliards d’euros. Nous nous situerons alors au niveau de la Grande-Bretagne aujourd’hui », précise Dominique Michel. « D’après notre étude, 68,6% de ces  9,83 milliards d’euros, soit 6,74 milliards s’écouleront à l’étranger ce qui représente 22.739 emplois dans le commerce et 13.458 postes de travail dans d’autres secteurs, au total 36.197 emplois perdus ».

« La balle est donc dans le camp de nos responsables politiques. C’est eux qui choisiront de laisser filer ou non des emplois et des recettes vers l’étranger ».

Pour Dominique Michel, trois scénarios sont possibles. « Ou bien nous ne faisons rien et nous en mesurerons les dégâts en 2018. Ou bien nous veillons à ce que nous luttions au moins à armes égales – en calquant nos conditions sur celles des pays étrangers. Ou bien nous créons chez nous un environnement où le commerce électronique peut devenir florissant. Avec notre multilinguisme, notre productivité et notre solide paysage commercial, nous pouvons nous transformer en centre e-commerce de l’Europe. Nous créerons du même coup des dizaines de milliers d’emplois nouveaux et durables. Les gouvernements actuels et futurs doivent faire montre de suffisamment d’ambition, afin d’attirer le commerce électronique dans notre pays et convaincre les acteurs mondiaux du commerce en ligne de ne pas installer leur quartier général au Luxembourg  et de ne pas construire leur centre de distribution dans le Nord de la France « .

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