Contribution participative aux Assises du Numérique en Wallonie

Compte-rendu de la table ronde Logistique organisée par l’AdN le 5/05/2015

Parmi les obstacles à l’e-commerce évoqués par Comeos, l’AdN, le Cabinet Roland Berger et d’autres encore, on retiendra comme particulièrement pertinents les éléments suivants :

  • Coût salarial : 20% plus élevé que dans les pays voisins;
  • Taux de TVA : 4% plus élevé qu’au Luxembourg et 2% plus élevé qu’en Allemagne. Aucun contrôle n’est effectué quant à l’application du taux correct pour les achats étrangers, ni quant à la perception des taxes environnementales et des accises;
  • Le coût de l’offre de plusieurs moyens de paiement sur un site e-commerce et plus précisément le coût d’utilisation de plateformes de paiement telles qu’Ogone. Il faudrait des solutions plus abordables, comme par exemple iDeal aux Pays-Bas;
  • En Belgique, les prestations effectuées après 20h00 et avant 06h00 sont considérées comme du travail de nuit (avec des aménagements possibles selon les commissions paritaires) – ce qui rend la préparation nocturne des colis très coûteuse et difficile à mettre en place. La France par exemple, envisage les heures de travail sur une semaine complète et non en fonction des heures prestées les week-ends, les jours fériés ou encore de nuit. Cela permet d’éviter les surcoûts pour la rémunération des employés qui travaillent habituellement les fins de semaines, les jours fériés ou encore la nuit;
  • La livraison des colis est trop coûteuse, surtout si ceux-ci sont non standardisés et peu nombreux en termes de débit journalier.

Le 5 mai dernier l’AdN a donc organisé une table ronde autour du thème logistique et e-commerce afin de recueillir l’avis de représentants du secteur sur la problématique évoquée.

Au cours cette table ronde, différents intervenants ont souligné la nécessité d’adapter la législation du travail afin de pouvoir travailler le week-end, la nuit et les jours fériés sans surcoût. Cette demande est motivée par un manque de compétitivité de la part de nos cybercommerçants par rapport à nos voisins directs (France, Pays-Bas), où la législation en matière de travail de nuit notamment, est plus souple.

L’idée de centres d’incubation logistique pour petits e-commerçants fait son chemin comme une mesure transversale de soutien aux activités de vente en ligne des entreprises régionales.

Actuellement, le nombre de colis de nos e-commerçants n’est pas suffisant pour négocier de bons tarifs avec les offreurs de services logistiques du marché, comme par exemple PFS Web . Ces derniers ont en effet un coût au stop (chaque fois que le livreur doit s’arrêter pour effectuer une livraison) assez élevé. Mr Dehan (Eutraco Logistics) a donné le montant moyen de 25,00€ pour chaque stop effectué.

Malheureusement, de manière générale, le cybercommerçant belge n’a pas une culture de mutualisation de ses besoins avec ses concurrents. Un travail de sensibilisation reste donc à faire pour promouvoir des plateformes de services logistiques mutualisées. La raison la plus souvent évoquée par les participants est : « Je ne veux pas que mon produit soit stocké, transporté et livré avec celui de mes concurrents ». Cette barrière psychologique doit être dépassée car elle n’a tout simplement pas lieu d’être.

Pour aider les cybercommerçants à se grouper pour réduire les frais logistiques, une solution pourrait être de fournir une plateforme d’entreposage, d’équipements de levage et de transport avec l’appui de spécialistes en logistique qui serait facturée à l’utilisation pour éviter l’obstacle du coût d’acquisition logistique.

En Wallonie, plusieurs expériences de mutualisation ont d’ailleurs été couronnées de succès. Ainsi par exemple, en province de Liège, un organisme subsidié offre 4 points de dépôt aux agriculteurs locaux et distribue leurs produits dans 80 supermarchés de la Région.

Mais, d’une part, nous manquons de logisticiens spécialisés dans l’offre de services logistiques aux petites structures. Et, d’autre part, il faudrait adapter autant que possible notre code douanier (dans les limites imposées par l’autorité européenne) afin de faciliter l’implantation des e-commerçants étrangers. Ceux-ci sont, en effet, en pleine expansion et vont rapidement chercher à mettre un pied en Europe. La Wallonie a différents atouts qu’elle peut mettre en évidence pour attirer, par exemple, des investisseurs chinois avec de l’espace disponible à un prix abordable, ainsi que de de la main d’œuvre vacante et qualifiée. Une étude du VIL (Vlaamse Instituut voor de Logistiek) de novembre 2014 place la Wallonie en 3ème position comme terre d’accueil des activités d’e-commerce en Europe.

Les participants à la table ronde évoquent également la difficulté à trouver des profils regroupant toute les compétences nécessaires à la vente en ligne. En effet, sont souvent rencontrés des entrepreneurs avec un profil commercial et de gestion d’un côté, et, des profils plus techniciens mais qui ont rarement une vision globale de la stratégie d’entreprise intégrant pleinement l’e-marketing et les activités e-commerce, d’un autre côté. Le développement d’une filière d’e-entreprenariat serait un premier pas pour former les dirigeants d’entreprises numériques de demain.

 

 

 

2 réponses to “Compte-rendu de la table ronde Logistique organisée par l’AdN le 5/05/2015

  • Il existe déjà en Wallonie de nombreux sites E-commerce, peut-être devrait-on parler d’eux !

    Il nous est très difficile d’avoir accès à de la communication vers le grand public, rien n’est organisé pour cela, chacun se « débrouille » dans son coin avec plus ou moins de succès ou selon ses moyens !

    Il y a en Wallonie de nombreux acteurs efficaces ! , il y a eu le 20 mai une remise de prix par BeCommerce à quelques Acteurs du marché ! et bien … rien dans la presse grand public. C’est bien dommage !

  • L’estimation d’un différentiel salarial de 20% par rapport aux pays limitrophes n’est-elle pas un peu exagérée ?

    Quant à la TVA, ce n’est pas le taux de TVA belge qui est un handicap, même par rapport au Luxembourg, mais plutôt les lourdeurs administratives rencontrées par tout e-commerçant qui exporte des produits pour plus de 35000 €/an dans un autre pays européen.

    J’avais soutenu en 2011 le projet d’un centre logistique mutualisée et reste convaincu de son utilité.

    Je partage l’opinion de Thierry. Si les e-shops ne sont malheureusement guère nombreuses en Wallonie par rapport aux régions limitrophes, par contre beaucoup d’entre elles mériteraient d’être sensiblement mieux connues. J’ai croisé récemment un décideur politique qui croyait que pour faire tourner un site d’e-commerce, il ne fallait que des ordinateurs et des robots, et était donc contre, au nom de « l’emploi ». Peut-être que des journées porte-ouvertes pourraient être organisées pour dévoiler les coulisses d’une e-shop et montrer qu’il y a des personnes en chair et en or pour la faire tourner 😉